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Saturday, March 22, 2008

Travail de mémoire, le poisson rouge

Le poisson rouge a une mémoire d’environ trois secondes … le temps de faire le tour de son bocal rond, au dessus de nos réfrigérateurs ! Donc, rassurez-vous, il ne s’ennuie pas, il ne deviendra pas fou et il est même en pleine admiration de voir les jolies têtes blondes le regarder passer à chaque tour de piste aquatique. Je ne sais comment les scientifiques ont réussi à percer ce mystère qui me taraude depuis des années ; mais j’avais observé aussi le même phénomène dans les entreprises dans lesquelles j’ai travaillé depuis plus de vingt ans. Je suis souvent surpris, parfois consterné, de voir comment de nombreux dirigeants se comportent comme des poissons rouges … les bêtises sont faites, corrigées, et puis au prochain tour de bocal, deux ans plus tard, les mêmes bêtises sont commises à nouveau. C’est quand même un vrai progrès (deux ans versus les trois secondes) avec un génotype commun à plus de quatre-vingt pour cent, avec nos collègues poissons rouges ! La mémoire est un vrai mystère pour les Sciences encore aujourd’hui … pourquoi ces souvenirs extrêmement précis d’évènements passés il y a plus de cinquante ans, alors que nous peinons à nous souvenir de l’endroit où nous avons laissé nos clés, la veille ? Pourquoi nous nous souvenons mieux de chiffres, ou de prénoms, de dates ? ou vice versa ? Les maladies mieux observées dans nos populations vieillissantes, comme l’Alzheimer, sont des angoisses terribles pour nous tous, car elles nous placent face à notre construction de personne, à nos souvenirs accumulés ; et qui pourraient nous échapper. Comment vivons-nous, surtout au soir de nos vies, sinon dans un univers de souvenirs, d’émotions remémorées qui refont surface et se mêlent avec les petits riens de la vie quotidienne ? Un travail de sélection de ces souvenirs s’est effectué, en partie à notre insu, pour nous aider à nous construire, pour nous permettre de développer nos vies personnelles et professionnelles. Mais pourquoi un souvenir plutôt qu’un autre ? Est-ce que notre volonté est à l’œuvre derrière tout cela … Je le crois, même si je n’arrive pas à me souvenir des prénoms des personnes que je rencontre, malgré toute ma bonne volonté … je m’en excuse publiquement. Tout cela reste mystérieux, mais fait partie de notre condition d'homme ; définitivement, nous ne sommes pas des poissons rouges !

Sunday, March 09, 2008

Maison d'études sur France Culture

Ce matin, j’écoute Victor Malka, dans son émission de la communauté Juive sur les ondes de France Culture, aux alentours des neuf heures et quart. J’écoutais Victor Malka il y a déjà plus de vingt ans, et j’aime toujours me lever suffisamment tôt pour descendre en pyjama et synthétiser l’émission en buvant mon premier café au lait du matin. Aujourd’hui, l’invité est un professeur d’économie à l’école Centrale de Paris. Il a écrit un opuscule sur la manière de concevoir le monde non-Juif, par des Juifs. L’ensemble n’est pas du plus grand intérêt, au contraire de Dimanche dernier, quand le thème était les tribus Juives perdues de Mauritanie et du Sénégal ; lieux où les empreintes Juives sont encore parfois palpables même si plus aucun d'entre eux ne vit sur ces territoires depuis deux ou trois siècles. A un moment, l’invité de Victor Malka retrace les hésitations du peuple Juif, dans son histoire, entre la vie de fermiers et celle de bergers, entre les sédentaires et les nomades. Depuis, les premiers frères de l’humanité, Caïn et Abel, l’un étant un fermier et l’autre un berger ; depuis cette époque, depuis le début, la rivalité s’est faite jour. Israël a quitté la vie nomade de Chaldée avec Abraham pour s’installer en Palestine, puis l’Egypte où le peuple s’est sédentarisé. Il a ensuite quitté cette vie, pour reprendre son caractère nomade et un jour revenir en terre promise. Depuis dix neuf siècles, l’errance est de nouveau l’apanage du peuple Juif. Dans les entreprises, c’est la même chose, avec d’un côté la Production, la sédentarité et la défense des moyens de production, vis-à-vis des Ventes, qui se tournent vers l’extérieur, qui veulent conquérir des territoires nouveaux, inconnus. Cette rivalité entre Caïn et Abel est actuelle, elle dépasse les cultures et nous invite à une synthèse impossible que le peuple Juif n’a pas su faire, avec ceux qui depuis cinquante années sont revenus s’installer à Jérusalem. Un peu plus tard, je m’aperçois que l’invité est doctrinairement opposé à la mondialisation, à celle des cultures, des langues. Il fait cette déclaration facile, déjà entendue, où il cite les esquimaux qui ont vingt mots pour désigner la neige, et les Français qui en ont aussi vingt pour désigner le vin ; lorsqu’ils se rencontrent, ils ne pourront que communiquer avec les deux mots : « snow » et « wine ». C’est déjà cela ! c’est le rôle ingrat de la langue de communication internationale.